L'Europe protège-t-elle les données privées? Un bien mauvais départ

Publié le par stilgar

    Ce billet est d'abord l'occasion de vous présenter, et vous recommander chaudement, un site tenu par des juristes et spécialisé dans le droit touchant aux nouvelles technologies,  http://www.droit-technologie.org .
Très riche en infos et commentaires tout en restant parfaitement lisible, ce site est une véritable mine d'informations: dans le cadre du sujet qui est le nôtre, c'est particulièrement la section "Vie privées et données personnelles" .
  


    C'est là que j'ai péché l'info d'aujourd'hui, et qui à mon avis sera un fil rouge passionnant quant à l'attitude des autorités européennes, sur la protection des données privées.
    Comme rapporté dans cet article , la commission a récemment décidé de nommer un "groupe européen d'expert sur la protection de la vie privée", répondant aussi au charmant diminutif de "GEX PD", avec pour objectif de faire des propositions sur la protection des données privées en Europe au regard de l'état actuel des nouvelles technologies. Jusqu'ici, rien que de très banal. Mais jetons un oeil sur le détail de l'opération.

       - D'abord, le scandale naissant tel qu'il est rapporté par droit-technologie.org : sur les 5 personnes composant le groupe, une seule est un citoyen européen, les quatre autres étant tous américains ou travaillant pour des groupes américains. Ce qui a, on le comprend, déclenché l'ire du président de la CNIL, Alex Türk, qui a aussi la charge d'être sénateur du Nord ... d'où une adresse prochaine de notre bonne vieille chambre haute d'adresser une résolution demandant des explications et des garanties à la commission.

      - Ensuite, une petite remarque personnelle: dans le texte (long d'une page, c'est dire l'importance accordée au sujet par les représentants de l'Union) détaillant les missions de ce groupe d'expert (disponible ici), il est précisé  au 2e article que ses membres "ne seront pas payés pour leur travail". Etrange, voire un peu mesquin si l'on considère que le volet "Liberté, sécurité et justice" de l'Union est tout de même financé à hauteur de plus de 155 millions d'euros pour l'année 2008. A moins que l'Union s'en foute, tout simplement, ce qui expliquerait bien des choses: l'incroyable nullité du document suscité détaillant la mission des experts, le non respect du plurilinguisme et l'absence de rémunération.
Assez parlant quant à la méconnaissance de l'enjeu par les élites européenne, ce désintérêt acquiert une gravité nouvelle par les effets pervers qu'il engendre: si les experts ne sont pas rémunérés, c'est qu'ils ont une autre activité. S'ils sont déclarés "experts" dans ce domaine, c'est qu'ils exercent très certainement cette activité dans le domaine des nouvelles technologies. Et où trouve-t-on la majorité des compagnies les plus en pointe sur le sujet ? Outre-atlantique, bien sûr. Ceci expliquerait donc cela, d'après moi. Et fait froid dans le dos quand on pense à l'objectivité qui doit être celle des ces experts travaillant par ailleurs dans des groupes privés, installés de surcroît ailleurs qu'en Europe.

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